Les onglets de navigateur restés ouverts depuis plus de trois semaines ont officiellement saisi la CNIL afin de faire reconnaître leur droit à l’oubli numérique domestique, a appris la rédaction. Réunis au sein du Collectif inter-onglets persistants, ils dénoncent une situation de « rétention passive de contenu » qui concernerait, selon leurs chiffres, 14,8 millions de recettes de gratin, 9,2 millions d’articles mis de côté « pour ce soir » et près de 4 millions de comparatifs d’aspirateurs abandonnés entre deux modèles sans sac. L’organisation réclame la mise en place d’un protocole national de fermeture, d’archivage ou, lorsque cela n’est plus possible, de deuil numérique accompagné.

« On nous laisse ouverts pendant des mois sans jamais nous relire, dans un coin du navigateur, avec juste un petit favicon qui dépasse, ce n’est pas une vie », explique Jonas Merlet, porte-parole du collectif et onglet consacré aux bienfaits du stretching, consulté pour la dernière fois un dimanche de pluie. « Au bout de vingt-deux jours, on sait très bien qu’on ne sera jamais lu. Après, on regarde simplement l’utilisateur ouvrir un nouvel onglet pour taper exactement la même recherche. C’est humiliant. »

De sources concordantes, la CNIL étudierait plusieurs pistes, parmi lesquelles un bandeau de consentement inversé demandant à l’utilisateur s’il souhaite réellement conserver 47 pages ouvertes sur « les meilleures villes où vivre en 2024 », ou un délai de carence au terme duquel l’onglet pourrait se refermer lui-même après avoir prononcé la formule : « Je crois qu’on n’y reviendra pas. » « Il faut sortir de l’hypocrisie », estime Maud Vignal, juriste spécialiste des contenus stationnaires. « Un comparatif d’aspirateurs ouvert depuis février n’est plus un projet d’achat, c’est un mémorial. »

Le collectif demande enfin la création d’un bouton « refermer avec dignité », ainsi qu’un accompagnement psychologique pour les pages de recettes ouvertes dans l’espoir d’une vie meilleure avant d’être remplacées par une livraison. Selon nos informations, plusieurs onglets auraient d’ores et déjà refusé d’être actualisés, préférant expirer sur place plutôt que de découvrir que le site a changé de mise en page.

PartagerWhatsAppFacebookBluesky
Emplacement publicitaire

Dans la même rubrique

Ailleurs dans le journal