Les files d’attente ont annoncé ce vendredi une grève nationale du piétinement à compter de lundi, faute d’un cadre réglementaire reconnaissant officiellement le dépassement discret comme une incivilité lourde. Réunies en intersyndicale, elles assurent ne plus pouvoir remplir correctement leur mission de canalisation des usagers face à la multiplication des micro-avancées latérales, des resserrements de coudes et des faux regards vers les panneaux tarifaires au moment de doubler. Selon un comptage communiqué à la rédaction, une file sur trois estime avoir été « grignotée » d’au moins deux places au cours des dernières 24 heures.

« On nous demande de tenir droit, de rester compactes et dignes, tout en absorbant des individus qui remontent par le flanc avec un air de chercher la sortie. À un moment, ça craque », explique Marjorie Delpech, porte-parole du Syndicat autonome des files statiques. Le mouvement prévoit une suspension totale du service dans les supermarchés, les gares, les boulangeries et les administrations, avec consigne donnée aux files de « se mettre en tas » dès l’ouverture. « Sans reconnaissance juridique claire, on continuera à voir des gens faire semblant de rejoindre leur conjoint déjà devant. Nous, on n’a plus les reins », précise de son côté Lucien Varnet, coordinateur national des attentes courtes et nerveuses.

De sources concordantes, plusieurs sites pilotes ont déjà expérimenté l’absence de file en début de semaine, provoquant des amas d’usagers en demi-lune, des appels spontanés au civisme et jusqu’à 47 minutes de flottement devant une caisse prioritaire. Un projet de médiation serait à l’étude, avec marquage au sol renforcé, sifflets de rappel et création d’une brigade de témoins chargés de murmurer « excusez-moi, il y a une file » toutes les quatre minutes. « Nous sommes prêts à reprendre le piétinement, mais pas dans n’importe quelles conditions », insiste Marjorie Delpech. L’intersyndicale menace enfin d’étendre le mouvement aux ronds-points si les zigzags de rabattement continuent d’être traités par les pouvoirs publics comme de simples malentendus.

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