Le gouvernement a officialisé ce mardi la création d’un statut administratif pour les brouillons d’e-mails jamais envoyés, jusqu’ici maintenus dans un flou juridique entre pièce de bureau, crise de nerfs et premier roman. Selon le décret, consulté par la rédaction, ces textes bénéficieront désormais d’une catégorie propre, dite « document professionnel à forte charge émotionnelle », avec un régime distinct pour l’archivage, l’effacement et la relecture honteuse du vendredi à 17 h 48.

À l’origine de la mesure, plusieurs agents du ministère du Travail alertaient depuis des mois sur l’absence totale de cadre. « On nous écrit à 9 h 12, on nous relit à 9 h 14, puis plus rien. À la fin, on reste là avec nos “Bonjour à tous”, nos trois paragraphes passifs-agressifs et notre phrase supprimée sur le tableau Excel. Il fallait une doctrine claire », explique une haute-commissaire au tri des intentions professionnelles. Un rapport remis au gouvernement estime qu’un salarié produit en moyenne 17 brouillons non envoyés par semaine, dont 6 relèveraient « du simple ajustement de ton » et 4 d’une rupture psychologique nette avec la journée.

Concrètement, les brouillons seront répartis en trois familles : pièce administrative, crise de nerfs et premier roman. Les premiers pourront être conservés cinq ans dans un dossier intitulé « à reprendre calmement ». Les deuxièmes devront faire l’objet d’un délai de refroidissement de 48 heures avant toute suppression. Quant aux troisièmes, ils seront automatiquement versés dans un répertoire « version quasi définitive » afin de ne pas décourager la création littéraire en open space. « Il y a des gens qui commencent par “Suite à notre échange” et qui terminent quatre pages plus loin sur leur enfance et la machine à café. L’État ne peut pas laisser ça sans accompagnement », estime le directeur de l’Observatoire des formulations qu’on regrette.

Un amendement doit encore trancher le cas sensible des brouillons composés du seul mot « Bonjour, » puis refermés sans explication, que l’administration envisage déjà de classer en « arrêt minute de la pensée ».

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