Alors que l’exécutif prépare la prolongation de l’aide aux « gros rouleurs » au-delà de septembre, la rédaction a pu consulter une première note de travail prévoyant également le classement d’un grand axe urbain très encombré en « zone sinistrée à circulation répétée ». Le document, daté de mardi et intitulé « soutien exceptionnel aux Français contraints de faire 14 kilomètres pour acheter une baguette tradition », évoque un « aléa carburant durable » ainsi qu’un « épuisement psychologique du conducteur au troisième plein de la semaine ».
Selon nos informations, le dispositif permettrait aux automobilistes les plus exposés de bénéficier d’une prise en charge pouvant atteindre 0,17 euro par soupir poussé à la pompe, dans la limite de 83 soupirs mensuels. « Nous faisons des économies partout, mais pas sur l’essentiel. Or, aujourd’hui, pour beaucoup de Français, l’essentiel, c’est d’être seul dans un SUV à 8 h 12 sur une voie rapide saturée », explique un conseiller ministériel sous couvert d’anonymat.
Une cartographie des ronds-points les plus touchés
De sources concordantes, Bercy travaille désormais sur une carte des territoires les plus frappés, avec un code couleur allant de « vigilance orange clignotant » à « catastrophe nationale avec voyant de réserve allumé ». Un grand axe urbain, plusieurs rocades et 214 ronds-points jugés « fortement dépendants au sans-plomb » pourraient être intégrés au dispositif. Un comité interministériel aurait même recommandé l’installation de cellules d’écoute à proximité des stations-service les plus exposées.
« Il y a des gens qui font le plein deux fois dans la semaine, on ne peut pas les laisser seuls face à ça », estime la directrice de l’Observatoire national de l’usure du ticket de caisse. Selon une étude commandée pour l’occasion, un automobiliste francilien passerait en moyenne 41 heures par an à regarder les chiffres défiler sur la pompe en essayant de s’arrêter sur un montant rond, sans jamais y parvenir.
Une aide sous conditions de cylindrée morale
Pour toucher cette prolongation, les bénéficiaires devront prouver qu’ils roulent beaucoup, ou du moins qu’ils ont très envie de le dire. Un projet de formulaire de 12 pages, que notre reporter a pu consulter, prévoit de demander le nombre de kilomètres parcourus, le type de véhicule et la fréquence des phrases commençant par « avec ce que je fais comme route ». « L’idée, c’est de cibler ceux qui consomment vraiment, pas les petits amateurs du dimanche », précise un chargé de mission au Haut-Commissariat à la Mobilité vexée.
Invité ce matin sur une radio, un député de la majorité a enfin défendu « une mesure de justice territoriale et réservoiriale ». Avant d’ajouter qu’en cas de nouvelle hausse des prix, le gouvernement étudiait déjà la possibilité de reconnaître les embouteillages comme temps de travail humanitaire, « à condition que le moteur tourne encore ».
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